Charlotte Marchandise, 2 ans après.

Près de 2 ans après la tenue de la première primaire citoyenne sur internet, quel souvenir gardes-tu de cette expérience ?

Un souvenir formidable.

C’était dur, frustrant, certaines personnes sont d’une malhonnêteté crasse et il y a des paquets de haineux, et évidemment le fait d’avoir manqué d’un mois pour avoir les parrainages, mais tout cela reste à la marge.
C’était une expérience humaine incroyable, le fait d’appeler à une candidature collective a été la clé pour mobiliser autant de monde. Les gens se sont impliqués de façon exceptionnelle,, et les rencontres partout en France m’ont données un vrai bel espoir.

C’était aussi montrer que c’est possible de faire autrement, d’assumer d’être « radicale bisounourse » et de prôner la cohérence. Je suis convaincue que nous avons ouvert des brèches pour un changement politique positif, pour croire à de nouveaux possibles.

Quel bilan tires-tu des 18 premiers mois de mandat d’Emmanuel Macron ?

De la tristesse. Non pas que j’ai cru à « En marche », même si j’ai rencontré quelques marcheuses et marcheurs remarquables et engagé.e.s. Autant j’étais d’accord avec un grand nombre de constats de départ, notamment sur la nécessité du renouvellement politique, mais dès le départ il m’a semblé évident que ce mouvement était complètement déconnecté de la réalité de la population. Le mini débat que j’ai eu avec Emmanuel Macron sur les chômeurs pendant la campagne montrait bien à quel point il n’a pas conscience des mécanismes de déclassement qui peuvent être vécus, de la perte d’estime de soi, de la réalité des offres qui sont proposées etc.  Hélas chaque jour montre que c’est encore pire que prévu. La déclaration du président LREM à l’Assemblée Nationale qui dit qu’ils ont été « trop intelligents » me semble terriblement représentative de ce qui se passe. Les réformes ne vont ni en faveur de l’égalité, de la fraternité et en ce moment, ni de la liberté. Le rapport de l’État avec les maires a été particulièrement méprisant alors que les solutions aux crises que nous traversons sont forcément locales.

En plein cœur du mouvement des gilets jaunes, quel regard portes-tu sur cette mobilisation ?

Tout d’abord elle n’est pas si surprenante. Quand face à l’immense dégoût du politique d’une majorité de la population on ne propose pas de solution au niveau national – à part laprimaire.org bien sur!- que les partis politiques continuent le « business as usual » quand 99 % des jeunes considèrent que les politiques sont corrompus, quand ils ne prennent pas leur part de responsabilité,  et enfin quand on fragilise les plus pauvres tout en permettant de façon ouverte et évidentes aux plus riches de s’enrichir encore plus,  ça ne peut que craquer !

Je trouve cette mobilisation est à la fois magnifique et terrifiante.

Elle est terrifiante quand elle laisse à certains un espace pour exprimer leur violence et leur haine, leur racisme, quand elle est récupérée par l’extrême droite, instrumentalisée par les uns et les autres, et donne lieu à un traitement médiatique que nous devons questionner et surtout donne l’occasion au gouvernement d’attaquer nos libertés individuelles. J’ai des enfants lycéens qui ont manifesté, et j’ai eu peur pour eux, que ce soit à cause de l’action des casseurs ou del’action de la police. Ce n’est pas normal dans le pays qui se prétend le pays des droits de l’homme !

Elle est magnifique quand elle donne des espaces politiques citoyens à un grand nombre de françaises et de français qui ne s’en donnaient pas l’autorisation. Quand autour des ronds-points de nouvelles solidarités se créent, quand les idées fusent, quand elle est la source de nouvelles dynamiques, d’émancipation notamment des femmes. Elle me donne beaucoup d’espoir dans ce que nous pourrions proposer si nous avions les moyens pour donner des formes d’actions pérennes et concrètes aux propositions des habitant.e.s

 

On parle beaucoup de referendum d’initiative citoyenne, quel est ton avis sur cette proposition 

J’ai toujours été en faveur du RIC, mais jamais tout seul ! Dans la complexité des politiques publiques, nous ne pouvons pas tous décider de tout.

Au début de mon mandat à Rennes, en 2014, je pensais réunir les citoyen.ne.s du groupe qui avait fait la campagne et faire des réunions publiques pour décider de tout ensemble. Les gens m’ont très vite dit « ah bah on a d’autres choses à faire, tu es élue faut que tu décides et tu nous rends des comptes ». Il a donc fallu changer de méthode. Tout d’abord nous avons défini des critères collectifs pour me permettre de prendre des décisions au quotidien. Ensuite il s’agit de multiplier les instances pour que les personnes directement concernées par une décision prennent part à la construction du projet depuis le départ. Par exemple quand je travaille sur les questions de santé mentale, je sollicite le Conseil Rennais de santé mentale, avec des usagers de la psychiatrie, des personnes souffrant de troubles psychiques, des familles également, des soignants etc. C’est eux les experts, pas moi !
Enfin je publie le plus possible sur ce que je fais, nous organisons beaucoup de réunions publiques pour rendre des comptes au quotidien, et pas tous les 5 ans, et pour que les habitant.e.s puissent m’interpeller et contribuer.

Le RIC a plusieurs défauts. D’abord les questions sont posées par les groupes les plus influents, et la réponse étant « oui » ou « non » on arrive vite à la limite de « vous êtes pour ou contre moi ». Ensuite tout référendum mérite un vrai temps de débat public, et comment trouver le temps de bien se former sur des sujets complexes ? Il faut des moyens à la démocratie, tant pour communiquer de façon indépendante que pour garder les enfants !

Et puis tout le monde ne veut pas se former sur tous les sujets et c’est normal. Donc le RIC ne peut pas s’appliquer pour résoudre tous les problèmes démocratiques d’un coup.

En revanche nous avons tous des expertises d’usage. Le rôle du politique est d’aller les solliciter pour faire nôtre la phrase « ce que vous faites pour nous sans nous vous le faites contre nous »

Il faut aussi être cohérent. Nous ne devrions jamais prendre une décision qui va affecter des personnes spécifiques, et particulièrement pour les plus vulnérables- sans travailler cela avec elles. Quel est le sens de légiférer sur les jeunes sans les jeunes ? Sur les personnes en situation de handicap ? Ou sur la PMA sans les lesbiennes, sur le chômage sans les chômeurs ?

Il faut de nouveaux mécanismes démocratiques qui permettent de mobiliser les gens, à l’image du jury d’assises, avec du temps, des moyens, et la formation adéquate. Nous avons écrit des processus pour le programme de 2017 qui sont je pense pertinents, avec à la fois du tirage au sort et la mobilisation des personnes. Le jugement majoritaire est aussi une belle solution, bien plus riche et respectueuse que les référendums.

 

Quelle question souhaiterais-tu soumettre au peuple français grâce à cet outil ?

Une nouvelle constitution !

Et dedans la fin de la présidence de la république, un nouveau statut de l’élu, mandat unique, transparence complète et de nouvelles institutions capables de répondre à l’enjeu démocratique – et surtout le jugement majoritaire à toutes les élections !

Aujourd’hui, quels sont tes engagements citoyens et politiques ?

Je suis toujours élue citoyenne à Rennes, et présidente associative. Je continue à partager l’expérience de la primaire.org et je vais souvent à des rencontres locales, et je souhaite transmettre ce que j’ai appris en tant qu’élue locale pour que de nouvelles personnes s’engagent en 2020 et insufflent un souffle citoyens aux municipales.

Nous écrivons le livre de la campagne, mais cela prend du temps car j’ai aussi une activité professionnelle en plus du reste.

En 2022, si laprimaire.org redémarre, penses-tu te présenter à nouveau ?

Aujourd’hui je ne sais pas. Pas si les conditions minimales de succès ne sont pas réunies. J’avais dit aux organisateurs que les délais étaient trop courts pour les parrainages et c’était vrai.

Il faut plus de temps, plus de méthode : si on veut hacker les processus d’élection il faut bien les connaître, sinon on ment aux gens et c’est insupportable. Il faut des équipes.

De toute façon ce ne serait pas mon choix, mais à nouveau un choix collectif. De toute façon, que je sois candidate ou pas, j’ai plein d’idées pour continuer à imaginer une nouvelle voie citoyenne démocratique et transparente et aussi joyeuse – une belle arme face à la haine ! Il faut plus d’éducation populaire, plus de participation des quartiers, du monde rural, de l’outre-mer etc. Il faut aussi expliquer les processus de décision et chercher de nouveaux consensus, bref coopérer.

Peux-tu nous donner 5 mots-clés qui symbolisent ta vision et tes espoirs pour l’année 2019 ?

Ensemble, ensemble, ensemble, ensemble et ensemble:-D

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